Pierre Hadot. « La figure du sage dans l’Antiquité gréco-latine » dans Etudes de philosophie ancienne. Les belles Lettres, 1998.

« L’apparition de la figure du sage correspond à une prise de conscience de plus en plus aiguë du moi, de la personnalité, de l’intériorité. Ce mouvement de prise de conscience est inauguré par la formule socratique : «Prends souci de toi-même » (Platon, Alcibiade, 102d, Apologie de Socrate [1], 36c) qui révèle à l’individu qu’il peut diriger sa vie, que son moi a une valeur propre, qui est aussi importante que celle de la Cité toute entière. (…) La figure du sage permet ainsi au moi de prendre conscience du pouvoir qu’il a de s’affranchir de tout ce qui lui est étranger, d’être indépendant. C’est la fameuse autarkeia, qualité que toutes les écoles revendiquent pour leur sage et que les philosophes essaient d’acquérir. (…) Ce noyau de liberté intérieure inexpugnable, le philosophe qui s’exerce à la sagesse essaiera de le constituer par des exercices spirituels de vigilance et d’attention à soi, par des examens de conscience, par des efforts de volonté et de mémoire qui assureront en lui la liberté de juger et l’indépendance à l’égard des désirs et des passions. C’est toute une vie intérieure qui se développe ainsi et qui, chez les platoniciens, les aristotéliciens et les stoïciens, se concentre autour de l’Esprit ou le daimôn présent à l’intérieur de l’homme. »

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