Science moderne, éthique et humanisme

Les motifs pour lesquels on a pris l’habitude de séparer ces sciences (les sciences de l’homme) des sciences de la nature et d’en faire un tout à part poussent leurs racines dans les profondeurs de la conscience que l’homme a de lui-même et dans le sentiment du caractère total de cette conscience. Avant que ne l’effleure le désir de rechercher l’origine du spirituel, l’homme trouve dans cette conscience de soi-même le sentiment que sa volonté est souveraine, qu’il est responsable de ses actes, qu’il peut tout soumettre à sa pensée et peut résister à tout dès qu’il se retranche dans la forteresse de sa personne, et que ces facultés le mettent à part du reste de la nature. En fait, il se découvre, au milieu de cette nature, pour reprendre une expression de Spinoza, comme imperium in imperio. Et, comme il n’existe, pour lui, que ce qui est un fait de sa conscience, il se trouve que toutes les valeurs, tous les buts de la vie sont enclos dans ce monde spirituel qui agit en lui de manière indépendante, et que ses actes n’ont d’autre propos que de créer du nouveau dans l’ordre des faits de l’esprit. Ainsi se dessine une démarcation entre le règne de la nature et un règne de l’histoire, et, à l’intérieur de ce dernier règne, au milieu d’un ensemble coordonné par la nécessité objective et qui est la nature, on voit en plus d’un point, comme ferait un éclair, luire la liberté.

Wilhelm Dilthey (1833-1911), Introduction à l’étude des sciences humaines.

 

Seules les religions positives – ou plus exactement les sectes liées par des dogmes – sont capables de conférer au contenu des valeurs culturelles la dignité d’impératifs éthiques valables inconditionnellement. En dehors de ces religions, les idéaux culturels que l’individu se propose d’actualiser et les devoirs éthiques qu’il doit remplir ont, en principe, une dignité variable. C’est le destin d’une époque de culture qui a goûté à l’arbre de la connaissance de savoir … que les « conceptions du monde » ne peuvent jamais être le produit d’un progrès du savoir empirique et que, par conséquent, les idéaux suprêmes qui agissent le plus fortement sur nous ne s’actualisent en tout temps que dans la lutte avec d’autres idéaux qui sont aussi sacrés pour les autres que les nôtres le sont pour nous. (…) Il y a eu et il y aura toujours – c’est cela qui nous importe – une différence insurmontable entre l’argumentation qui s’adresse à notre sentiment et à notre capacité d’enthousiasme pour des buts pratiques et concrets ou pour des formes et des contenus culturels et celle qui s’adresse à notre conscience, quand la validité de normes éthiques est en cause, et enfin celle qui fait appel à notre faculté et à notre besoin d’ordonner rationnellement la réalité empirique, avec la prétention d’établir la validité d’une vérité d’expérience.

Max Weber (1864-1920), Essai sur la théorie de la Science.

 

Selon les neurosciences, l’ensemble de nos états mentaux est réductible à l’activité de nos neurones c’est-à-dire, à des réactions chimiques. La théorie dualiste qui pose l’âme, soit la conscience comme immatérielle, et donc non réductible à des mécanismes tels ceux auxquels le corps est soumis, est clairement rejetée. Au contraire, le fait psychologique est soumis aux mêmes lois que le fait neuronal. Par ailleurs, on peut parler d’un réductionnisme éliminatif : la psychologie sera intégralement remplacée par la neurobiologie quand celle-ci sera parvenu suffisamment loin sur le chemin du savoir.

Le réductionnisme tel qu’il est défendu par la neurobiologie consiste à mettre au même niveau la conscience et les neurones, autrement dit, la vie psychique de l’Homme est entièrement comprise du point de vue des processus chimiques neuronaux qui se produisent dans son cerveau. Il n’y a plus de spécificité psychique de l’Homme et donc il n’y a plus de raison de distinguer vie psychique et mécanismes neuronaux, d’où la disparition progressive d’une prise en considération d’une vie à proprement psychique de l’Homme.

Ainsi, des auteurs comme Jacques Monod ou François Jacob dans la lignée de La Mettrie, développent une position réductionniste extrême en s’appuyant sur les neurosciences et ses avancées spectaculaires.

Eve Suzanne (Université Paris IV), « Les Neurosciences, une position réductionniste ? » Implications Philosophiques (revue en ligne)

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