Le mal et la corruption de la volonte

La loi, nous le savons est spirituelle ; mais moi je suis charnel, vendu au péché. Je ne comprends pas ce que je fais ; je ne fais pas ce que je veux, je fais ce que je hais. Or si je fais ce que je ne veux pas, je reconnais par-là que la loi est bonne. Mais en ce cas, ce n’est plus moi qui agis, c’est le péché qui habite en moi. Ce qui est bon, je le sais bien n’habite pas en moi, je veux dire dans ma chair. J’ai bien la volonté mais pas le pouvoir d’accomplir le bien. Ce que je voudrais, je ne le fais pas, et je commets le mal que je ne veux pas. Si donc je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui agis, c’est le péché qui habite en moi. Je trouve donc en moi cette loi : quand je veux faire le bien, le mal est à mes côtés. L’homme intérieur en moi se complaît dans la loi divine ; mais dans mes membres, je vois une autre loi lutter contre la loi de ma raison, et me rendre captif de la loi du péché qui réside dans mes membres.

Paul (1er siècle après JC), Epître aux Romains 7, 13 à 23.

 

On ne viendrait pas à commettre un acte mauvais si une volonté mauvaise n’avait pris les devants. Or quel a pu être le commencement de la volonté mauvaise, sinon l’orgueil ? Car «l’orgueil est le commencement de tout péché» (l’Ecclésiastique, 10, 13). Et qu’est-ce donc que l’orgueil sinon l’appétit pour une grandeur perverse? Car c’est bien une grandeur perverse que d’abandonner le principe auquel l’âme doit s’attacher pour se faire en quelque sorte son propre principe. Et cela se produit lorsqu’on se complaît trop en soi-même. Se complaire en soi-même, c’est se détacher du bien supérieur immuable en lequel on devrait se complaire plus qu’en soi-même. Or ce détachement est spontané, car si la volonté était restée stable dans l’amour du bien supérieur et immuable, qui illumine pour faire voir et embrase pour faire aimer, elle ne s’en serait pas détournée pour se complaire en elle-même et tomber dans les ténèbres et la froidure. La femme n’aurait pas ajouté foi aux paroles du serpent, l’homme n’aurait pas préféré la volonté de la femme à la recommandation de Dieu; il n’aurait pas pensé qu’il était excusable en transgressant le commandement pour conserver sa fidélité à la compagne de sa vie même dans la communion du péché. Ils n’auraient pas commis l’œuvre mauvaise, c’est-à-dire la transgression de manger la nourriture interdite, s’ils n’avaient pas déjà été mauvais. Car ce fruit mauvais ne pouvait être produit que par un arbre mauvais. Or, ce qui a rendu l’arbre mauvais, c’est un acte contraire à la nature. Mais le vice ne pouvait dépraver qu’une nature créée à partir du néant. Etre une nature lui vient d’avoir été créée par Dieu ; déchoir de son être lui vient de ce qu’elle a été créée à partir du néant. La déchéance de l’homme ne l’a pas complètement détruit, mais, en se tournant vers lui-même, il avait moins d’être que lorsqu’il était attaché à celui qui est souverainement. C’est pourquoi abandonner Dieu pour être en soi-même, c’est-à-dire se complaire en soi-même, ce n’est pas encore être le néant, mais s’approcher du néant.

St Augustin, Cité de Dieu, XIV, 13 (426 après JC).

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