Peut-on vouloir le mal ?

SOCRATE. – Qu’appelles-tu désirer une chose ? Est-ce désirer qu’elle vous arrive ?

MENON. – Oui, qu’elle vous arrive. Ce ne peut être autre chose.

SOCRATE. – En pensant que les choses mauvaises sont avantageuses à celui à qui elles échoient, ou en sachant que ces choses mauvaises nuisent à celui à qui elles arrivent?

MÉNON. – Il y a des gens qui croient les choses mauvaises avantageuses, il y en a aussi qui savent qu’elles sont nuisibles.

SOCRATE. – Te paraît-il aussi que ce soit connaître les choses mauvaises comme mauvaises que de les croire avantageuses.

MÉNON. – Pour cela, je ne le crois pas du tout.

SOCRATE. – Il est donc évident que ceux-là ne désirent pas le mal, qui l’ignorent, mais qu’ils désirent des choses qu’ils croyaient bonnes et qui sont mauvaises, de sorte que ceux qui ignorent qu’une chose est mauvaise et qui la croient bonne désirent manifestement le bien, n’est-ce pas ?

MÉNON. – De ceux-là, on peut le croire.

SOCRATE. – Mais quoi ! ceux qui désirent le mal, à ce que tu prétends, et sont persuadés que le mal nuit à celui dans lequel il se trouve, connaissent certainement qu’il leur nuira?

MÉNON. – Nécessairement.

SOCRATE. – Mais ces gens-là ne pensent-ils pas que ceux à qui l’on nuit sont malheureux en proportion du tort qu’ils ont à souffrir?

MÉNON. – Nécessairement encore.

SOCRATE. – Et que les malheureux ont une existence misérable ?

MÉNON. – Je le crois.

SOCRATE. – Or, y a-t-il un homme au monde qui veuille être malheureux et mener une existence misérable ?

MÉNON. – Je ne le pense pas, Socrate.

SOCRATE. – Par conséquent, Ménon, personne ne désire les choses mauvaises, s’il ne veut pas être malheureux. Car être malheureux, qu’est-ce autre chose que de souhaiter le mal et le posséder ?

MENON. – Il y a des chances que tu aies raison, Socrate, et que personne ne veuille le mal ».

Platon (428 av. JC – 348 av. JC), Ménon. 77d.78a.

 

[Nul homme] est fait de telle sorte qu’il est incapable de toute application [mais] en menant une existence relâchée, les hommes sont personnellement responsables d’être devenus eux-mêmes relâchés, ou d’être devenus injustes ou intempérants, dans le premier cas en agissant avec perfidie et dans le second en passant leur vie à boire ou à commettre des excès analogues ; en effet c’est par l’exercice des actions particulières qu’ils acquièrent un caractère du même genre qu’elles.

Aristote (384 av. JC- 322 av. JC), Ethique à Nicomaque, LIII, §VII, 1113b-1114a.

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