New issue of Religions/Adyan: Peace in a World of Conflicts

COVER OUT_PeaceENGLISHcCover courtesy of Kai-Henrik Barth

The issue 9 of Adyan is now available

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Table of content for the English and French section:

Editorial
by Patrick Laude

Interview with Karen Armstrong

Foreword
by Renaud Fabbri

Eschatology and Philosophy: the Practice of Dying
by Eric Voegelin

The Problem of Peace in the Ecumenic Age
by Barry Cooper

Religion and Violence: how symbiotic a relationship?
by Olivier Leaman

Islam and Peace: A Preliminary Survey on the Sources of Peace in the Islamic Tradition
By Ibrahim Kalin

La paix passe-t-elle par une ère messianique ?
by Eric Geoffroy

L’État islamique, entre tradition réinventée et utopie politico-religieuse
by Myriam Benraad

Peace as inner transformation: a Buddhist perspective
by John Paraskevopoulos

Buddhist Perspective on Conflict Resolution
by Daisaku Ikeda

New Reality: Peace and Universal Responsibility, according to the Dalai Lama
by Sofia Stril-Rever

Jerusalem, City of Peace
by Louis Massignon

Human Diversity in the Mirror of Religious Pluralism
by Samuel Bendeck Sotillos

The Greatest Binding Force
by Mahatma Gandhi

Hope for Peace in a Broken World: 1 Chronicles, Exile and Building Walls
by Grace Ji-Sun Kim

Integral Pluralism as the Basis for Harmony: The Approach of His Highness the Aga Khan
by Ali Lakhani

Out of the mouths of babes: Comenius and World Peace
by Elizabeth Kristofovich Zelensky

Les religions, entre violence et paix
by Eric Vinson

Subverting Hatred: The Challenge of Nonviolence in Religious Traditions (book review)
by Akintunde E. Akinade

Karen Armstrong, Fields of Blood: Religion and the History of Violence (book review)
by Senad Mrahorović

Biographies

Daech: “Désigner l’ennemi … n’est pas suffisant.”

Cet article a été initialement publié dans La Croix, le 16 Janvier 2016.

A moins de sombrer dans le déni de réalité, la France est en guerre, guerre asymétrique, guerre d’un genre nouveau à n’en pas douter. Mais l’année qui vient de s’écouler a fait définitivement sortir l’Europe de la torpeur de la « posthistoire » à mesure que la déferlante du chaos déclenché par l’invasion américaine de l’Irak la rattrapait et l’entrainait à son tour dans la tourmente, une tourmente qui n’est encore que peu de chose comparée à ce qu’endurent les populations moyennes-orientales.

Cette situation semble établir paradoxalement les conditions d’un retour du politique dans des sociétés européennes soudainement laissées nues et vulnérables par le retrait de l’imperium américain à l’échelle globale. Selon Carl Schmitt, on le sait, le critère du politique est la capacité à distinguer entre l’ami et l’ennemi. Or il semblerait que nous ayons trouvé dans le totalitarisme jihadiste une nouvelle figure d’un « Ennemi » véritablement absolu.

Si on devrait se réjouir, dans notre malheur, de tous les signes possibles d’un sursaut, d’une réaction contre les tendances à la « neutralisation du politique » qui rongent nos sociétés postmodernes, on ne peut en même temps que s’inquiéter de voir l’Europe s’engager dans une voie qui risque de la mener tout droit vers la guerre civile ou tout au moins vers des formes de violences interethniques dont les signes avant-coureurs ne sauraient être ignorés. La désignation de l’ennemi loin de représenter une fin en soi, a toutes les chances d’accroitre le désordre ambiant, surtout si cet ennemi est non seulement extérieur mais aussi intérieur : ces jeunes toujours plus nombreux qui, séduits par cette « nouvelle religion politique » du Jihadisme, cherchent dans l’hyper-violence de Daech une forme de catharsis à leur mal-être identitaire, mais aussi nos propres démons, ceux d’un nihilisme qui se nourrit des dérives du capitalisme mondialisé dont Daech n’est à sa manière et paradoxalement qu’une manifestation parmi d’autres.

La pensée du philosophe américain d’origine allemande Eric Voegelin offre une alternative à la conception purement agonistique et finalement suicidaire du politique de Carl Schmitt. Elle vient nous rappeler, dans la pure tradition platonicienne, qu’un ordre politique se définit avant tout en fonction d’un contenu positif, une conception de la Justice, du Bien et plus fondamentalement encore d’une certaine vision du rapport de l’homme à la Transcendance. C’est un des grands mérites de cet immense penseur encore méconnu en France que d’avoir constamment souligné l’enracinement irréductible du politique dans ce qui le dépasse, dans ce que d’autres ont pu appeler une forme de « métapolitique » avant que le terme ne devienne galvaudé.

On entend parfois que pour résister au culte de la mort qu’incarnerait le jihadisme il conviendrait de surenchérir dans la célébration hédoniste (et soi-disant bien française) d’une vie « sans Dieu, ni maitre ». Une réponse peut-être plus articulée, moins instinctive mais également problématique, voudrait que la France se resserre de manière toujours plus intransigeante sur les valeurs de la laïcité républicaine, à rebours de toutes les tendances de fond qui travaillent le monde contemporain bien au-delà des frontières hexagonales. Il nous semble pourtant que ce qui manque le plus cruellement à nos sociétés pour traverser les années sombres qui s’annoncent et qui, qu’on le veuille ou pas, les transformeront définitivement, c’est cette conscience de la Transcendance dont Voegelin nous parle, une conscience capable de donner un sens aussi bien à la vie qu’à la mort mais également peut-être de réunir dans un « vivre-ensemble », qui serait autre chose qu’un simple vœu pieux, les différentes communautés religieuses qui coexistent aujourd’hui en Europe. Ajoutons que c’est ce sens de la Transcendance, radical à sa manière, plus que son déni, qui pourrait finalement se révéler l’antidote le plus efficace contre toutes les tentatives de politisation ou de récupération idéologique des religions dans le monde contemporain.

Islamisme Radical et Règne de la Quantité

J’avais publié cet article dans La Croix après les attentats de Janvier et il me semble resté, malheureusement, d’actualité.

 

Les événements récents et ceux qu’ils annoncent probablement nous forcent, au-delà de l’émotion, à repenser en profondeur le phénomène de l’islamisme radical et la manière d’y faire face. C’est dans cette perspective que la pensée de René Guénon peut s’avérer d’une provocante actualité. Provocante dans la mesure où René Guénon était lui-même rattaché à l’Islam, mais sous sa forme soufie laquelle si elle recule chaque jour devant la montée des djihadistes n’en incarne pas moins le seul véritable espoir d’un redressement spirituel dans le monde musulman.

Dans son ouvrage Le Règne de la Quantité, publié en 1945, c’est à dire juste au sortir du second conflit mondial, Guénon dresse un bilan implacable du monde moderne. Si pour lui, la modernité est caractérisée globalement par la perte du sens du Sacré, il n’en distingue pas moins deux phases dans son développement. La première est caractérisée par le progrès du matérialisme tel qu’il s’exprime dans le processus de sécularisation, le développement de l’industrialisation, du capitalisme classique ou encore dans ce qu’Eric Voegelin a pu appeler les grandes « religions politiques » (Bolchévisme, Fascisme, National-Socialisme). Cette phase coïncide aussi avec le règne des masses et la quantification toujours plus poussée de tous les aspects de l’existence humaine. On pourrait croire que le matérialisme serait le point d’aboutissement du développement de la modernité mais l’originalité des analyses de Guénon est de montrer qu’il n’en est rien, qu’à la matérialisation fait suite une deuxième phase, celle de la dissolution. Sous couvert d’une réaction contre le matérialisme s’amorce un processus de désintégration mais aussi un retour parodique et subversif à une certaine forme de spiritualité.

Il est inutile de s’appesantir sur le fait que le monde contemporain est le théâtre d’un effondrement de tous les repères mais aussi de toutes les formes de savoir. Dans le Règne de la Quantité, Guénon écrit des pages véritablement prophétiques sur la manière dont le rétrécissement des distances et l’accélération du temps peuvent laisser entrevoir un processus d’unification du monde qui ne sera véritablement qu’une contrefaçon de l’unité véritable. L’intérêt majeur des analyses de Guénon tient surtout au fait qu’elles nous permettent d’entrevoir le lien profond entre ce processus de mondialisation néolibérale, avec son discours de réseaux et de la flexibilité, et la montée d’une forme d’islamisme radical qui sous couvert de réaction contre le matérialisme du monde moderne pousse plus loin la crise spirituelle du monde contemporain. On commence tout juste à réaliser à quel point les réseaux islamistes sont les proches parents des réseaux que le discours néolibéral ne cesse de célébrer comme un moyen de libérer les énergies créatrices des individus, à quel point le fantasme de la Oumma globale n’est jamais que la contrepartie ténébreuse de l’utopie du village planétaire. Si cet islamisme radical peut toujours s’incarner dans des structures compactes et modernes comme l’Etat Islamique, c’est sans doute dans ses formes post-modernes qu’il s’avère le plus dangereux pour nos sociétés libérales. Comment ne pas s’interroger par ailleurs sur l’acharnement proprement diabolique avec lequel les mouvements djihadistes s’en prennent aux lieux saints de l’Islam, coupant ainsi méthodiquement les liens subtils entre le Ciel et la Terre ? Enfin comment ignorer la dimension proprement millénariste de ces mouvements, qui en faisant main basse sur toute une partie de la Syrie d’où, selon certaines traditions, devra surgir le Mahdi à la fin des temps, semblent être devenus le véhicule de forces qui pour Guénon auraient relevé de ce qu’il appelait la Contre-Tradition et qui menacent l’Islam de l’intérieur, dans sa dimension spirituelle la plus intime ?

Face à ce péril, l’Europe devrait se garder de deux tentations : celle d’un fondamentalisme laïque qui en abandonnant le Sacré à ses ennemis, en leur laissant le monopole du spirituel, se prive de ressources indispensables pour les vaincre ; celle d’un pseudo-redressement qui, prenant la forme d’un renouveau chrétien de type identitaire, obéirait à la même logique schmittienne qui anime l’Islamisme radical et reviendrait à rejeter du côté de l’ennemi toutes les communautés musulmanes de l’Europe, lesquelles sont porteuses de beaucoup de valeurs aussi bien fraternelles que religieuses qui nous font cruellement défaut aujourd’hui. La lutte contre l’Islamisme radical, par-delà les mesures sécuritaires qui s’imposent, exige un véritable travail d’introspection de notre part et la redéfinition du projet européen autour d’un noyau qui ne soit plus seulement économique et mercantile. C’est uniquement un redressement à la fois politique et spirituel au sens le plus noble de ce terme qui pourra nous donner les forces nécessaires pour affronter les sombres heures qui se profilent.

Houellebecq, a crypto-Guenonian?

I did not buy the last book of Houellebecq but this analysis of the influence of Guenon upon him would almost give me the desire to read it: http://traditionalistblog.blogspot.com/2015/02/houellebecq-and-guenon.html

Even his interview given on the French television the day before the terrorist attack on Charlie Hebdo suggests that the characterization of the book as Islamophobic is rather misleading.

Houellebecq does not seem to be a classical french secularist to say the least and there are definitively echoes of the darkest pages of The Reign of Quantity throughout Houellebecq’s novels.