Shankara on the disenchantment of the world

A fascinating text from Shankara’s Brahma-Sutra-Bhasya on the disenchantment of the world:

“For what is not accessible to our perception may have been within the sphere of perception of people in ancient times. Smriti also declares that Vyâsa and others conversed with the gods face to face. A person maintaining that the people of ancient times were no more able to converse with the gods than people are at present, would thereby deny the (incontestable) variety of the world. He might as well maintain that because there is at present no prince ruling over the whole earth, there were no such princes in former times; a position by which the scriptural injunction of the râgasûya-sacrifice would be stultified. Or he might maintain that in former times the spheres of duty of the different castes and âsramas were as generally unsettled as they are now, and, on that account, declare those parts of Scripture which define those different duties to be purposeless. It is therefore altogether unobjectionable to assume that the men of ancient times, in consequence of their eminent religious merit, conversed with the gods face to face. Smriti also declares that ‘from the reading of the Veda there results intercourse with the favourite divinity’ (Yoga Sûtra II, 44). And that Yoga does, as Smriti declares, lead to the acquirement of extraordinary powers, such as subtlety of body, and so on, is a fact which cannot be set aside by a mere arbitrary denial. Scripture also proclaims the greatness of Yoga, ‘When, as earth, water, light, heat, and ether arise, the fivefold quality of Yoga takes place, then there is no longer illness, old age, or pain for him who has obtained a body produced by the fire of Yoga’ (Svet. Up. II, 12). Nor have we the right to measure by our capabilities the capability of the rishis who see the mantras and brâhmana passages (i.e. the Veda).–From all this it appears that the itihâsas and purânas have an adequate basis.–And the conceptions of ordinary life also must not be declared to be unfounded, if it is at all possible to accept them.”

Brahma-Sutra-Bhasya, I-3, 33 (Translated by George Thibaut)

New issue of Religions/Adyan: Peace in a World of Conflicts

COVER OUT_PeaceENGLISHcCover courtesy of Kai-Henrik Barth

The issue 9 of Adyan is now available

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Table of content for the English and French section:

Editorial
by Patrick Laude

Interview with Karen Armstrong

Foreword
by Renaud Fabbri

Eschatology and Philosophy: the Practice of Dying
by Eric Voegelin

The Problem of Peace in the Ecumenic Age
by Barry Cooper

Religion and Violence: how symbiotic a relationship?
by Olivier Leaman

Islam and Peace: A Preliminary Survey on the Sources of Peace in the Islamic Tradition
By Ibrahim Kalin

La paix passe-t-elle par une ère messianique ?
by Eric Geoffroy

L’État islamique, entre tradition réinventée et utopie politico-religieuse
by Myriam Benraad

Peace as inner transformation: a Buddhist perspective
by John Paraskevopoulos

Buddhist Perspective on Conflict Resolution
by Daisaku Ikeda

New Reality: Peace and Universal Responsibility, according to the Dalai Lama
by Sofia Stril-Rever

Jerusalem, City of Peace
by Louis Massignon

Human Diversity in the Mirror of Religious Pluralism
by Samuel Bendeck Sotillos

The Greatest Binding Force
by Mahatma Gandhi

Hope for Peace in a Broken World: 1 Chronicles, Exile and Building Walls
by Grace Ji-Sun Kim

Integral Pluralism as the Basis for Harmony: The Approach of His Highness the Aga Khan
by Ali Lakhani

Out of the mouths of babes: Comenius and World Peace
by Elizabeth Kristofovich Zelensky

Les religions, entre violence et paix
by Eric Vinson

Subverting Hatred: The Challenge of Nonviolence in Religious Traditions (book review)
by Akintunde E. Akinade

Karen Armstrong, Fields of Blood: Religion and the History of Violence (book review)
by Senad Mrahorović

Biographies

Daech: “Désigner l’ennemi … n’est pas suffisant.”

Cet article a été initialement publié dans La Croix, le 16 Janvier 2016.

A moins de sombrer dans le déni de réalité, la France est en guerre, guerre asymétrique, guerre d’un genre nouveau à n’en pas douter. Mais l’année qui vient de s’écouler a fait définitivement sortir l’Europe de la torpeur de la « posthistoire » à mesure que la déferlante du chaos déclenché par l’invasion américaine de l’Irak la rattrapait et l’entrainait à son tour dans la tourmente, une tourmente qui n’est encore que peu de chose comparée à ce qu’endurent les populations moyennes-orientales.

Cette situation semble établir paradoxalement les conditions d’un retour du politique dans des sociétés européennes soudainement laissées nues et vulnérables par le retrait de l’imperium américain à l’échelle globale. Selon Carl Schmitt, on le sait, le critère du politique est la capacité à distinguer entre l’ami et l’ennemi. Or il semblerait que nous ayons trouvé dans le totalitarisme jihadiste une nouvelle figure d’un « Ennemi » véritablement absolu.

Si on devrait se réjouir, dans notre malheur, de tous les signes possibles d’un sursaut, d’une réaction contre les tendances à la « neutralisation du politique » qui rongent nos sociétés postmodernes, on ne peut en même temps que s’inquiéter de voir l’Europe s’engager dans une voie qui risque de la mener tout droit vers la guerre civile ou tout au moins vers des formes de violences interethniques dont les signes avant-coureurs ne sauraient être ignorés. La désignation de l’ennemi loin de représenter une fin en soi, a toutes les chances d’accroitre le désordre ambiant, surtout si cet ennemi est non seulement extérieur mais aussi intérieur : ces jeunes toujours plus nombreux qui, séduits par cette « nouvelle religion politique » du Jihadisme, cherchent dans l’hyper-violence de Daech une forme de catharsis à leur mal-être identitaire, mais aussi nos propres démons, ceux d’un nihilisme qui se nourrit des dérives du capitalisme mondialisé dont Daech n’est à sa manière et paradoxalement qu’une manifestation parmi d’autres.

La pensée du philosophe américain d’origine allemande Eric Voegelin offre une alternative à la conception purement agonistique et finalement suicidaire du politique de Carl Schmitt. Elle vient nous rappeler, dans la pure tradition platonicienne, qu’un ordre politique se définit avant tout en fonction d’un contenu positif, une conception de la Justice, du Bien et plus fondamentalement encore d’une certaine vision du rapport de l’homme à la Transcendance. C’est un des grands mérites de cet immense penseur encore méconnu en France que d’avoir constamment souligné l’enracinement irréductible du politique dans ce qui le dépasse, dans ce que d’autres ont pu appeler une forme de « métapolitique » avant que le terme ne devienne galvaudé.

On entend parfois que pour résister au culte de la mort qu’incarnerait le jihadisme il conviendrait de surenchérir dans la célébration hédoniste (et soi-disant bien française) d’une vie « sans Dieu, ni maitre ». Une réponse peut-être plus articulée, moins instinctive mais également problématique, voudrait que la France se resserre de manière toujours plus intransigeante sur les valeurs de la laïcité républicaine, à rebours de toutes les tendances de fond qui travaillent le monde contemporain bien au-delà des frontières hexagonales. Il nous semble pourtant que ce qui manque le plus cruellement à nos sociétés pour traverser les années sombres qui s’annoncent et qui, qu’on le veuille ou pas, les transformeront définitivement, c’est cette conscience de la Transcendance dont Voegelin nous parle, une conscience capable de donner un sens aussi bien à la vie qu’à la mort mais également peut-être de réunir dans un « vivre-ensemble », qui serait autre chose qu’un simple vœu pieux, les différentes communautés religieuses qui coexistent aujourd’hui en Europe. Ajoutons que c’est ce sens de la Transcendance, radical à sa manière, plus que son déni, qui pourrait finalement se révéler l’antidote le plus efficace contre toutes les tentatives de politisation ou de récupération idéologique des religions dans le monde contemporain.